Guide

Comparer des devis de travaux en copropriété : la méthode

Trois devis arrivent, à trois dates différentes, dans trois formats différents. L'un chiffre l'échafaudage, l'autre pas. Le moins cher est-il vraiment le moins cher ? Ce guide explique quand la mise en concurrence est obligatoire, ce que la loi entend exactement par là, et comment comparer des offres qui ne se ressemblent pas.

Antoine Gordien membre d'un conseil syndical 8 min de lecture

Quand la mise en concurrence est-elle obligatoire ?

La réponse tient en une mécanique à deux étages, posée par l'article 21 de la loi du 10 juillet 1965. C'est votre assemblée générale qui fixe les seuils, pas la loi :

L'assemblée générale des copropriétaires, statuant à la majorité de l'article 25, arrête un montant des marchés et des contrats à partir duquel la consultation du conseil syndical est rendue obligatoire. À la même majorité, elle arrête un montant des marchés et des contrats autres que celui de syndic à partir duquel une mise en concurrence est rendue obligatoire.

Deux seuils distincts, donc, et deux effets distincts : au-delà du premier, le syndic doit consulter le conseil syndical ; au-delà du second, il doit mettre en concurrence.

Première chose à faire, avant toute discussion sur un devis : allez chercher ces montants dans les procès-verbaux de vos assemblées. Beaucoup de conseils débattent de l'opportunité de demander plusieurs devis sans savoir que leur assemblée a déjà tranché la question — parfois il y a dix ans, pour un montant devenu dérisoire depuis.

Un détail qui donne du poids au conseil. Le même article 21 précise que lorsque la copropriété n'a pas institué de conseil syndical, la mise en concurrence n'est pas obligatoire. Autrement dit, c'est l'existence même de votre conseil qui rend la comparaison des offres exigible. Ce n'est pas une contrainte administrative subie : c'est un levier qui n'existe que parce que vous existez.

Ce que la loi entend par « mise en concurrence »

Question fréquente : si l'assemblée n'a jamais fixé de seuil ni de modalités, que faut-il faire ? Le décret du 17 mars 1967 répond précisément, à son article 19-2 :

La mise en concurrence pour les marchés de travaux et les contrats autres que le contrat de syndic […] lorsque l'assemblée générale n'en a pas fixé les conditions, résulte de la demande de plusieurs devis ou de l'établissement d'un devis descriptif soumis à l'évaluation de plusieurs entreprises.

Deux chemins acceptables, donc, et le second est très supérieur au premier — c'est tout l'objet de la section suivante.

Notez aussi ce que le texte ne dit pas : il n'impose pas un nombre minimum de devis, ni un formalisme de publication. « Plusieurs » veut dire au moins deux. En pratique, trois est la convention qui permet de repérer une offre aberrante — avec deux devis, on ne sait pas lequel des deux est anormal.

Rendre trois devis comparables

Voilà le vrai problème, et il est technique plutôt que juridique. Trois entreprises consultées librement produisent trois devis qui ne portent pas sur le même périmètre. L'une inclut l'échafaudage, l'autre le sous-traite, la troisième l'oublie. L'une prévoit deux couches, l'autre une. Les comparer ligne à ligne est impossible, et le « moins-disant » apparent est souvent celui qui a le moins compris la demande.

D'où la supériorité de la seconde méthode prévue par le texte : rédiger un descriptif unique et le soumettre à plusieurs entreprises. Le descriptif n'a pas besoin d'être un cahier des charges d'architecte. Il doit fixer :

  • Le périmètre exact — quelles surfaces, quels bâtiments, quels étages, ce qui est explicitement exclu.
  • Les contraintes du site — accès, horaires autorisés, stationnement, présence de résidents pendant le chantier.
  • Les prestations annexes — échafaudage, protection, évacuation des déchets, remise en état. C'est là que se logent les écarts.
  • Le calendrier souhaité et les pénalités éventuelles de retard.
  • Le format de réponse attendu — un prix global décomposé par poste, pas un forfait unique.

Ce dernier point est le plus rentable. Un devis décomposé par poste se compare ; un forfait global ne se compare pas, il se subit.

Une grille de comparaison

Une fois les offres reçues, résistez à l'envie de classer par prix. Les colonnes qui comptent :

  1. Le prix TTC, et la TVA appliquée. Certains travaux d'amélioration de l'habitat relèvent d'un taux réduit ; une entreprise qui applique 20 % là où une autre applique 10 % paraît plus chère sans l'être.
  2. Le périmètre réellement couvert. Reprenez votre descriptif poste par poste et cochez ce qui est chiffré. Les absences sont le vrai écart de prix.
  3. L'assurance décennale — attestation en cours de validité, et surtout couvrant l'activité concernée. Une attestation valide pour de la peinture ne couvre pas une étanchéité.
  4. Les références vérifiables sur des chantiers comparables, en copropriété de préférence.
  5. Le délai d'exécution et la date de démarrage — une entreprise disponible dans quinze jours et une disponible dans huit mois ne proposent pas la même chose.
  6. Les conditions de paiement — acompte demandé, échéancier, retenue de garantie.
  7. La durée de validité du devis. Entre le conseil, la consultation du syndic et l'assemblée générale, plusieurs mois passent. Un devis périmé oblige à tout recommencer.

Le piège du calendrier. C'est l'erreur la plus coûteuse et la plus fréquente : obtenir trois excellents devis en février, les faire voter en assemblée en juin, et découvrir qu'ils étaient valables trois mois. Vérifiez la durée de validité avant de caler le calendrier de l'assemblée, et demandez au besoin une prolongation écrite.

Les devis d'un chantier, réunis

Dans Coprelo, chaque chantier porte autant de devis que nécessaire — société, montant, pièce jointe — et un seul est marqué « retenu ». Les autres restent consultables.

Voir le suivi des travaux →

Justifier le choix, même six mois après

Un conseil syndical qui recommande une entreprise s'expose à une question simple, posée en assemblée générale ou par un copropriétaire mécontent : pourquoi celle-là ? Elle peut tomber six mois après, quand la mémoire de la comparaison s'est évaporée.

Deux réflexes suffisent à ne jamais être pris de court :

  • Conserver les devis non retenus, pas seulement celui qui a gagné. Un écart de prix ne veut rien dire sans les offres qu'il dépasse.
  • Écrire la raison du choix en une phrase, au moment du choix. « Retenue malgré un prix supérieur de 8 % : seule entreprise à chiffrer la reprise des descentes d'eau, et disponible avant l'hiver. » Trente secondes le jour même, contre une heure de reconstitution six mois plus tard.

Rappelons enfin le cadre : sauf délégation de pouvoirs votée par l'assemblée, le conseil syndical ne choisit pas l'entreprise. Il compare, il argumente, il recommande — la décision appartient à l'assemblée générale, et la signature au syndic. Une comparaison bien documentée n'est pas une formalité : c'est ce qui fait qu'une assemblée suit l'avis de son conseil plutôt que de rouvrir le débat.

Sur les pouvoirs réels du conseil

Ce que le conseil syndical peut décider seul, ce qui doit passer par l'assemblée, et comment fonctionne une délégation de pouvoirs.

Lire le guide sur les pouvoirs du conseil →
Sources

Ce guide décrit l'état des textes à sa date de publication et ne constitue pas un conseil juridique. Les taux de TVA applicables aux travaux dépendent de leur nature et de l'ancienneté de l'immeuble : vérifiez-les auprès de votre syndic ou de l'administration fiscale.

Gardez tous les devis d'un chantier au même endroit.

Coprelo réunit les dossiers, les votes et les réunions de votre conseil syndical. Essai gratuit 30 jours, sans carte bancaire.

30 min avec Antoine, membre d'un conseil syndical. Ou essai libre, sans carte bancaire.